Une prédication proposée par Claudie de Turckheim et Valérie Clarens

L’eau indispensable bonne et salvatrice, l’eau qui détruit tout sur son passage. Où est Dieu ?

 

Les écrits de Valérie

EAU. E-A-U

Un tout petit mot pour de grands bienfaits

L’eau qui étanche la soif

L’eau qui lave les corps salis par le travail

L’eau qui remplit le biberon que l’enfant avale goulûment.

 

EAU. E-A-U

Un tout petit mot pour de grands maux.

L’eau qui devient un torrent destructeur

L’eau qui noie les cultures menées avec soin

L’eau des baïnes des bancs qui noient l’imprudent

 

EAU E-A-U

UN tout petit mot pour louer la création

L’eau qui fait surgir l’oasis

L’eau du baptistère qui accueille les enfants de Dieu

L’eau de la cascade qui nous charme de son doux chant

 

EAU.  E-A-U

Un tout petit mot pour communier avec la Création, la Vie, Dieu.

 

 

L’enfant et la mer

L’enfant est un peu excité. Aujourd’hui, il va découvrir la mer.

Il en a entendu parler son vieux grand-père. Il n’arrive pas à s’imaginer une telle quantité d’eau.

Dans le village, les femmes marchent loin pour trouver tout juste de quoi faire la cuisine, nourrir les quelques chèvres et baigner les enfants de temps en temps.

La joie transpire de ces êtres unis, même dans l’adversité.

Un oncle de l’enfant est revenu voir ses vieux parents.

Il a dans son sac une bouteille avec de l’eau dedans. L’enfant est fasciné comme devant un trésor.

De l’eau enfermée dans un récipient transparent, en voilà une idée saugrenue, se dit-il

 

Préparatifs de départ, chacun se dit au revoir. L’enfant ne sait pas pourquoi il doit partir aussi. Il est triste de quitter son village.

Les kilomètres sont longs à parcourir pour ces petites jambes. Qu’importe, il va voir la mer, lui a dit son oncle.

Des heures de bus cahotant sur les pistes. Puis les prémices de la ville. Du bruit, beaucoup trop de bruit pour lui, habitué au silence des grandes plaines. Qu’importe il va voir la mer.

 

Longue attente. La nuit est enfin arrivée. Son oncle l’emmène presque en courant. Le silence est imposé. Ils montent dans ce qui ressemble à un très grand bac. Ne pas bouger, c’est la consigne.

L’enfant confiant s’endort

Premières lueurs du soleil, il se réveille et découvre un paysage bleu vert foncé. Autour de lui, des adultes inconnus et des enfants apeurés.

L’enfant regarde la mer. C’est donc ça ? Il n’y a rien à voir à perte de vue et c’est fascinant. Des dauphins surgissent de cette masse sombre. Surprise et émerveillement.

Il se penche pour toucher cette eau. Son bras est trop petit, il se penche encore, c’est froid.

Au même moment des cris assourdissants, l’eau rentre dans le bateau. Personne ne sait nager.

Les corps s’enfoncent. Un dernier regard vers le ciel bleu. L’enfant est heureux il a vu la mer.

Puis, le silence.

 

 

De l’eau naît la vie

Ce bien commun à tout le Vivant est devenu objet politique, guerrier, créant malheurs, gâchis, souffrances.

Quel est notre rôle en tant que chrétien, Humain pour participer à la préservation de cet élément vital ?

 

La prédication

1ère lecture Exode 17, 1-7

 

Nous sommes dans le désert d’Horeb. Le peuple Hébreu a quitté l’Egypte où il était réduits en esclavage depuis des année, ils a traversé la mer rouge. Vous vous souvenez cette mer qui s’écarte sur leur passage après que Moise ait brandi son bâton.

Dieu était là à leur côté, un dieu qui commande aux éléments les , qui impose à la mer de se retirer et qui va les sauver d’une mort certaine promise par le pharaon d’Egypte.

 

Les voici dans le désert, guidé par Moïse, sans eau pour se désaltérer. Alors la révolte gronde. L’eau, indispensable à toute vie, manque cruellement. Les Hébreux murmurent contre Moïse puis ils le menacent au point de l’effrayer.

 

Les hébreux se croyaient libres mais ils se rendent compte que la liberté, ce n’est pas seulement être délivrés de ses chaines ou d’un tyran, c’est aussi ne pas craindre pour sa vie, avoir un avenir, des projets qui ne soient pas entravés par ces besoins primaires que sont la faim ou la soif.

Alors sont-ils sortis de l’esclavage pour en trouver un autre ? Où est ce  pays où coule le lait et le miel, le pays de Canaan, la terre promise ?

Moïse s’en remet à Dieu. Alors Dieu agit et fait jaillir d’un rocher  une source d’eau vive.

 

Et Dieu, dans tout ça ?

Dieu est là qui accompagne son peuple. Il a pitié de lui. C’est ce même Dieu qui avait dit à Moïse : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris. Oui, je connais ses souffrances. »

Oui, même si les épreuves demeurent, Dieu va aider les Hébreux à les affronter en leur donnant de l’eau.

 

Dans la Bible, le rocher représente la fidélité, la justice et la protection inébranlable de Dieu. Alors, on peut interpréter ce récit comme étant une méditation sur la grâce de Dieu quand nous vivons un désert spirituel, quand notre prochain ou nos émotions nous trahissent et que notre avenir nous parait bouché.

Mais on peut aussi le lire au premier degré : Dieu présent parmi tous ceux qui vivent concrètement cette grande sécheresse des déserts. Un Dieu qui n’abandonne pas son peuple dans l’adversité.

 

Un Dieu qu’il faut appeler de nos vœux, louer et remercier pour tous ses bienfaits.

 

 

Nous allons encore remonter le temps. Bien avant Moïse, bien avant Abraham, Isaac et Jacob, il y eut Noé. Dans un temps qui n’est pas encore un temps de l’histoire. Noé et le fameux déluge, un mythe commun aux Hébreux et aux cultures mésopotamiennes.

Le récit s’étend sur 4 chapitres (Gn 6 à 9), c’est pourquoi nous ne lirons aujourd’hui que les passages clés concernant les relations entre Dieu, l’humanité et Noé, objets de la méditation.

 

Cette histoire est un des plus vieux récits mythiques de l’humanité, de même que le poème de la création de Genèse 1 qui nous décrit l’œuvre de la création en 6 jours, le 7e étant le repos de Dieu et la bénédiction qu’il porte sur ce monde ainsi créé. D’ailleurs, le parallèle entre ces deux textes est constant, le déluge pourrait être intitulé la 3e création, après Genèse 1 et Genèse 2.

 

Nous en lisons quelques extraits qui parlent  de la relation entre Dieu et les hommes.

 

Gn 6, 5-8

 

Nous retiendrons de ce passage qui a lieu avant le déluge trois points

1 Tout d’abord un constat : « L’Éternel vit que la méchanceté de l’homme était grande ».

Toute cette histoire démarre par le constat que Dieu fait de la corruption qui sévit sur toute la terre, et il se repent d’avoir créé l’humain, Cette violence, ce n’était pas son projet !

Le mal n’est pas seulement en acte, il imprègne l’imagination et les intentions profondes  de chacun : « toutes les pensées de leur cœur se portaient uniquement vers le mal » nous dit le texte. C’est l’image d’une humanité totalement déconnectée de son Créateur, laissant la violence et l’égoïsme dicter chaque instant de son existence.

 

Deuxièmement : la douleur de Dieu : « L’Éternel fut peiné d’avoir créé l’homme… et il en eut le cœur affligé ».Ces mots révèlent un Dieu vivant, qui ressent une profonde tristesse et non une froide indifférence. Le péché blesse le cœur de Dieu. Sa décision d’effacer cette création corrompue montre que le mal ne peut pas être toléré indéfiniment sans que la justice divine ne se manifeste.

 

Et troisième idée. La grâce au milieu du jugement (v. 8)« Mais Noé trouva grâce aux yeux de l’Éternel »

Alors que tout est voué à la destruction, un homme émerge non par sa propre force, mais par un regard de faveur de la part de Dieu.

 

On peut se poser la question suivante : que représente ce personnage de Noé ?

Seul survivant humain du déluge avec « ses fils, sa femme et les femmes de ses fils », Noé est le nouvel Adam de cette nouvelle création, la 3e ! Une sorte d’ancêtre premier , mythique. Un archétype plutôt qu’un véritable personnage.

Et je pense que c’est ainsi qu’il faut comprendre ce récit, sous peine de penser que le Dieu  bon qui aime sa création a vraiment tué des êtres vivants. Il a tué le mal qu’il ne supporte pas.

 

Noé ne prononce aucune parole dans le texte biblique. S’il est celui que Dieu protège du déluge, c’est parce qu’il est juste, intègre et qu’il marche avec Dieu dit Dieu

 

En descendant de l’arche, son premier geste est de rendre un culte. Cela plaît à Dieu et le conduit à prendre cette poignante décision : « Jamais plus je ne maudirai la terre à cause de l’homme » (Gn 8, 21).

 

Nous lisons : Gn 8, versets 20 à Gn 9, verset 1  et versets 11 à 17

 

Est-ce le même Dieu , avant et après le déluge ?

 

Ce Dieu intransigeant, qui ne supporte pas le mal et lui préfère même la destruction et la mort n’est pas le même après la destruction du monde.  Au début, il regrette d’avoir créé un monde aussi corrompu, mais ensuite il regrette d’avoir voulu le supprimer. « Cela tranche avec l’idée d’un Dieu infaillible, telle qu’elle s’est développée au Moyen Âge », souligne le rabbin Yeshaya Dalsace. « Au cours des quatre chapitres consacrés au déluge, Dieu se reprend, évolue, et finit par accepter les défauts de sa Création et de l’humanité. » dit-il

 

Cette alliance, la toute première alliance  avec tous les êtres humains, est un engagement que Dieu prend unilatéralement. C’est lui qui s’engage à ne plus faire de déluge, à ne plus détruire la Terre et sans rien demander en échange. Dieu le promet, il ne détruira plus l’humanité, il s’est attaché à l’homme, la femme, les enfants, les animaux qu’il a créés. Et l va désormais devoir composer avec la liberté qu’il a lui-même désirée pour l’homme. Et toujours et encore il sera à ses côtés.

 

Tous les deux.   Pour affronter le mal, la souffrance, la maladie, la pauvreté ou la mort, les changements climatiques et leurs conséquences.

Une alliance a été scellée et qui dure encore aujourd’hui pour celui qui accepte la grâce de Dieu à ses côtés, ici symbolisée par l’arc en ciel.

Un arc-en-ciel pour rappeler à Dieu son alliance avec la terre, un arc en ciel aux couleurs multiples qui symbolisent la diversité du vivant ; Dieu a fait alliance avec chacun de nous, il se réjouit de nos différences et nous accompagne dans nos combats.

 

Amen

 

 

 

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