Une prédication proposée par le pasteur David MacKain

Se réfugier dans le Seigneur, c'est retrouver le discernement.

Lecture  biblique : Psaume 64

1Au chef des chantres. Psaume de David. O Dieu, écoute ma voix, quand je gémis! Protège ma vie contre l’ennemi que je crains!

2Garantis-moi des complots des méchants, De la troupe bruyante des hommes iniques!

3Ils aiguisent leur langue comme un glaive, Ils lancent comme des traits leurs paroles amères,

4Pour tirer en cachette sur l’innocent; Ils tirent sur lui à l’improviste, et n’ont aucune crainte.

5Ils se fortifient dans leur méchanceté: Ils se concertent pour tendre des pièges, Ils disent: Qui les verra?

6Ils méditent des crimes: Nous voici prêts, le plan est conçu! La pensée intime, le coeur de chacun est un abîme.

7Dieu lance contre eux ses traits: Soudain les voilà frappés.

8Leur langue a causé leur chute; Tous ceux qui les voient secouent la tête.

9Tous les hommes sont saisis de crainte, Ils publient ce que Dieu fait, Et prennent garde à son oeuvre.

10Le juste se réjouit en l’Eternel et cherche en lui son refuge, Tous ceux qui ont le coeur droit se glorifient.

 

PREDICATION

En janvier 1537, Jean Calvin et Guillaume Farel demandèrent au Petit Conseil de Genève l’instauration du chant religieux parce que les prières des fidèles étaient d’une froideur indigne. Calvin demanda alors que de tels chants fussent des Psaumes traduits pour être chantés. Parmi les arguments avancés, il évoquait la diversité du Psautier permettant à chaque situation donnée de trouver un psaume ou un passage de psaume qui corresponde. En prenant ce Psaume aujourd’hui, j’ai pu vérifier que cette diversité restait toujours la même !

 

Qu’avons-nous ?

Un psalmiste qui est face à une situation tragique, contre lequel on complote. Dieu intervient et « chacun en tire la leçon » dit le texte.

Nous avons une évocation du problème du bien et du mal qui ne peut trouver de solution que si nous passons par Dieu. Le problème du mal est toujours actuel.

Aujourd’hui plus que jamais dans cette période pendant laquelle les événements internationaux ne cessent de nous bouleverser.

Avez-vous remarqué quelles sont les armes de ceux qui complotent contre le Psalmiste ?

 

« Ils ont affûté leur langue comme une épée,

Ils ont ajusté leurs flèches comme des paroles venimeuses,

pour tirer en cachette sur un homme intègre. »

 

En reprenant ces paroles pour évoquer les mots qui tuent, je crois que nous ne pourrions mieux coller à l’actualité de notre temps. Entre les mots des réseaux sociaux qui amènent des gamins fragilisés par l’adolescence à se suicider, la guerre en Ukraine qui dure et la répression dramatique vécue au Proche-Orient par les occupés, il y a tant d’événements qui nous permettent de toucher du doigt l’actualité des propos du Psalmiste. Car ces événements sont graves et tragiques.

Mais, si tragiques soient-ils, il y a encore plus grave : tout ce qui touche à l’utilisation et aux bénéfices principalement médiatiques qui se déroulent autour de ces drames et de ces violences.

Il y a tout d’abord les médias qui ont enfin, quelle aubaine !, une bonne matière pour leur fonds de commerce. On sort les anciens généraux ou colonels de leur retraite parfois naphtalinée, on les bombarde spécialistes et rien de tel qu’une bonne guerre pour augmenter les ventes des quotidiens ou gonfler l’audimat des chaînes d’info !

Il y a les politiques qui, en se positionnant pour ou contre ces drames pensent gagner des voix pour la campagne électorale européenne qui se déroule en ce moment.

Il y a enfin les propagandes des deux camps qui rivalisent d’ingéniosité pour influencer ou manipuler ces médias avides de matière à sensationnel… ce qui me semble être encore plus ignoble que la guerre elle-même. C’est ignoble et c’est d’autant plus grave parce que cela nous montre combien nous sommes les victimes de ceux qui nous informent. Alors que l’information doit informer, c’est-à-dire offrir aux gens la possibilité de ne pas se voiler la face sur les événements qui se passent dans le monde et de réagir en fonction de ce que leur idéal de vie ou leur foi leur inspirent, elle est devenue l’objet d’une consommation voire d’une propagande nous ramenant aux grandes heures de Radio-Paris au début des années 40 : l’histoire n’est-elle pas un éternel recommencement ?

Pour reprendre le contexte de notre Psaume, y a-t-il information quand les mots tuent et deviennent comme des flèches ? Et nous, qui nous dépêchons alors de reprendre les catégories de bons et de méchants que les média nous assènent, ne devenons pas ceux qui complotent contre le Psalmiste ?

Face à ces questions, nous ne pouvons rester insensibles à la riposte de Dieu qu’évoque le Psalmiste :

« Mais Dieu leur a tiré dessus : soudain, voici la flèche ;

ce sont leurs propres coups,

leur langue s’est retournée contre eux »

 

Face à la débauche de pseudo-informations qui nous tombent dessus et qui martèlent notre quotidien, nous nous empressons de juger sans nous rendre compte que nous ne disposons que d’une opinion pour juger. Nous nous empressons de foncer tête baissée dans la partialité voulue par les influenceurs, rédacteurs en chef, les différents experts en communication des hommes politiques ou des différents ministères de la communication de telle ou telle dictature. « Toi qui juges, tu es inexcusable, parce qu’en jugeant tu fais ce que tu condamnes toi-même » disait l’apôtre Paul (Ro 2,1ss).

En laissant d’autres cataloguer nos réactions, canaliser nos opinions, nous risquons de voir notre langue se retourner contre nous.

A la suite des images horribles que les chaînes de TV vont chercher et servent dans les salons, à toute heure de la journée, on regarde tous ces morts avec habitude, sans dégoût ou écœurement, tout en gobant le concept de frappe chirurgicale sensée permettre à un bombardement de détruire sans tuer, tant en remarquant qu’il n’est pas normal que, malgré la technique moderne, la guerre fasse encore des morts…

La naïveté nous déborde, comme le mal nous déborde quand il fait irruption dans notre existence.

Pour s’en protéger, on va l’appeler Diable ou je ne sais quel autre nom par lequel nous pourrons fuir notre responsabilité, pour le dissimuler, parce qu’il est plus fort que nous. Il ne reste plus qu’à faire, comme le Psalmiste, appel à Dieu. Appel à Dieu non pas pour qu’il combatte ce mal qui est en nous, mais pour qu’il nous donne la force et la volonté de le combattre par nous-mêmes.

C’est à l’intérieur de nous-mêmes que se joue le conflit. La présence de Dieu est seulement celle d’un compagnon qui peut stimuler notre volonté par ses encouragements.

La première des luttes qu’il faut mener aujourd’hui est la lutte pour le discernement, dans cette période que l’on pourrait appeler la captivité babylonienne des opinions publiques par les outils de sur-communication divers et variés.

 

« Que le juste se réjouisse du SEIGNEUR,

Qu’il le prenne pour refuge… »

dit notre Psaume.

 

Se réfugier dans le Seigneur, c’est retrouver le discernement.

 

Le discernement, c’est se donner la force de ne pas s’empresser de juger les autres ou les événements avant d’y réfléchir, contrairement à nos impulsions.

Le discernement, c’est se préserver du radicalisme en acceptant l’existence des arguments contraires à ce que je pense, estimant que la personne qui ne pense pas de la même façon que moi en a le droit.

Le discernement, c’est refuser la légitimité de la pensée unique et d’un discours politiquement correct imposés par les médias et les réseaux sociaux. Et me reviennent alors les mots de ce verset de l’apôtre Paul dans la première Épître aux Corinthiens : L’homme laissé à sa seule nature n’accepte pas ce qui vient de Dieu. C’est une folie pour lui, il ne peut le comprendre, car c’est spirituellement qu’on juge (1Co 2 :14).

 

Se réfugier dans le Seigneur, c’est retrouver le discernement.

 

Retrouver le discernement, c’est ce qui nous permet de nous rendre compte de notre naïveté à vouloir diriger notre existence, à refuser nos limites. Ce refuge, cette sérénité, c’est aussi ce que vient nous offrir le pardon. La découverte que Dieu vient vers nous, même quand nous ne le connaissons pas, l’acceptation de cette découverte, c’est ce qui nous permettra d’éviter les flèches acides des paroles des autres, surtout celles qui sont dites entourées de curare afin de nous paralyser (ou de nous manipuler, au choix…) ; c’est aussi ce qui nous permettra d’observer que ces mêmes flèches se retournent contre les archers.

Dans la première Épître de Pierre, il y a cette affirmation : Le Christ est allé prêcher même aux esprits en prison (1 Pi 3,9).

La force de notre espérance est là : Dieu est partout et il parle à tous, même dans les coins les plus reculés. Il parle aussi aux plus bornés. Il parle à ceux qui souffrent, même les plus oubliés. Nous aussi, nous savons qu’il nous parle, lui, le juste parmi les injustes.

Notre prière s’adresse alors à lui, pour que ceux dont la folie est responsable des tueries actuelles reconnaissent que leurs ambitions ne sont rien à côté de l’espérance qui nous est apportée : celle d’une humanité réconciliée avec Dieu, une humanité réconciliée avec elle-même parce qu’elle n’aura plus peur d’elle-même, une humanité dans laquelle chacun vivra avec l’autre non plus contre lui. C’est ce qu’on nous présente comme le Royaume.

Peut-être les plus sages et les censés d’entre vous me diront que c’est un projet fou, utopique, inhumain parce que dénué de toute logique. Mais justement, ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faiblesse dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort… (1 Co 2) comme le disait l’apôtre Paul.

Le Royaume est possible, il est là à portée de la main. C’est par notre témoignage que nous pourrons aller vers les autres pour le construire.

 

Oui, se réfugier dans le Seigneur, c’est retrouver le discernement.

 

Dans ces événements tragiques, il nous importe de garder la tête froide quand tout est faite dans le monde pour falsifier les consciences et les opinions. Notre témoignage, c’est de crier contre cette falsification monstrueuse qui sévit aujourd’hui.

En priant pour que la Parole de Dieu soit plus forte que la boulimie médiatique, en annonçant que Dieu pardonne tous les hommes, ceux qui sont impliqués et ceux qui ne le sont pas, nous réaffirmons l’espérance de la Parole, l’espérance d’une Alliance éternelle entre Dieu et chaque personne, l’espérance d’une totale liberté pour découvrir Dieu par soi-même, l’espérance d’un partage enfin réalisé de l’amour, de la liberté et de la vie accompli à Pâques en Jésus Christ.

Alors, nous serons enfin tous comme le juste qui dans notre Psaume est appelé à

« …se réjouir du SEIGNEUR,

qu’il le prenne pour refuge

et tous les cœurs droits s’en loueront ».

 

AMEN !

 

 

 

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